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Alors que les exigences de transparence extra-financière des entreprises introduites par le Pacte Vert européen se redéfinisent via la loi Omnibus, les cabinets d’audit et de conseil maintiennent leur engagement professionnel, convaincus du caractère stratégique et porteur de la RSE pour leurs clients. Dans cette démarche, l’audit peut se révéler un outil précieux pour gagner en pertinence, fiabilité et confiace quant à son reporting. Trois expertes de l’équipe Durabilité — Nathalie Gilet, Directrice, Ariane Pecqueur, Superviseur, et Lénaïc Baron, Senior — présentent l’organisation et les spécificits de l’audit RSE au sein de Nexia S&A.
La directive CSRD, qui devrait étendre dès 2025 les obligations de reporting de durabilité à de nombreuses ETI et PME, marque une pause. Face aux inquiétudes suscités par la complexité des normes, l'Union européenne a suspendu son application en l'état pour redéfinir les seuils d'application et simplifier les normes de reporting. Les grandes entreprises, déjà engagées, poursuivent leur mise en conformité et mesurent les bénéfices de cet exercice structurant. Elles ont tiré parti de cette exigence pour mieux articuler stratégie, finance et RSE, et beaucoup militent désormais pour le maintien d'un cadre cohérent. Les ETI et PME, si elles voient les obligations règlementaires s'éloigner, deumeurent pour beaucoup volontaires pour poursuivre une trajectoire de progrès. Les fonds d'investissement, qui ont déjà intégré les critères ESG dans leurs propres grilles d'analyse, comme les grands groupes désormais engagés dans des politiques d'ahats responsables, continuent de réclamer des données ESG fiables et comparables, et les employés, clients et citoyens demandent des engagements. Le mouvement de fond vers plus de transparence est donc bel et bien engagé.
« Ce que les entreprises ont vécu ces derniers mois, c'est une vraie phase d'apprentissage. L'exercice de conformité les a amenés à se poser les bonnes questions, à recaler leurs indicateurs et à rapprocher durablement les directions financières et RSE. » Nathalie Gilet, Directrice Durabilité
Qui est concerné ?
Le texte initial prévoyait l'application à toute entreprise dépassant 2 des 3 seuls suivants :
- Effectif : 250 salariés
- CA net : 50 Millions €
- Total du bilan : 25 Millions €
La directive Omnibus a cependant drastiquement relevé ces seuils. Le 16 décembre, ils ont relevés à
- 1 000 salariés ET 450 Millions € de CA.
L'audit RSE selon Nexia S&A
« Notre rôle, c’est d’apporter de la confiance au marché et aux entreprises que nous auditons. Nous intervenons tout au long de la construction du rapport de durabilité pour en garantir la fiabilité, la lisibilité et la conformité aux normes. Cet accompagnement permet aussi d’identifier les points forts et les faiblesses des processus internes et de renforcer la pertinence des indicateurs publiés. En un mot, nous sommes un peu l’agent anti-greenwashing. » Lénaïc Baron, Senior Durabilité
Comment être impartial lorsqu’on intervient sur l’audit et le conseil ?
« L’indépendance est une exigence réglementaire : un cabinet ne peut pas auditer ce qu’il a conseillé. Nous encadrons rigoureusement nos interventions par des procédures garantissant cette indépendance, et n’acceptons pas de mission d’audit si notre cabinet réalise déjà des missions d’expertise pour une entreprise, ou inversement. L’impartialité est également obligatoire, et nous sommes encadrés par la H2A (Haute Autorité de l’Audit) qui vérifie que nous appliquons strictement les mêmes procédures à toutes les entreprises auditées. Nous pouvons cependant dans une certaine mesure faire bénéficier nos clients de la forte complémentarité entre l’audit de durabilité, le conseil aux entreprises sur leurs enjeux RSE et l’accompagnement ISR des fonds d’investissement. Nous pouvons par exemple signaler à nos clients audités des exemples particulièrement inspirants parmi les informations disponibles publiquement, ou guider nos clients conseillés plus précisément grâce à notre connaissance fine des exigences et pratiques de l'audit. » Ariane Pecqueur, Superviseur Durabilité
Démarche d'audit CSRD
Etape 1 : Le démarrage
Prise de contact et planning
« L’audit ne peut commencer qu’après la nomination de l’auditeur de durabilité par l’assemblée générale de l’entreprise. La première étape consiste à rencontrer l’entreprise pour définir les contacts, les réunions et le planning. Le plus souvent sur site pour faire connaissance avec les équipes et mieux comprendre le fonctionnement de l’entreprise avant le début des travaux. »
Etape 2 : L'étude préalable
Prise de connaissance de l'entreprise et ses enjeux
« Lors de cette phase, nous cherchons à comprendre l’entreprise, son secteur, à identifier les enjeux de durabilité majeurs, ceux qui auront un impact significatif sur la stratégie ou la performance de l’entreprise. Notre rôle, c’est de questionner la cohérence entre la stratégie de durabilité et la stratégie globale de l’entreprise, et de vérifier que les engagements affichés ne contredisent pas les objectifs économiques. »
Etape 3 : La revue des processus
Analyse des processus internes
« Il s’agit de s’assurer que l’analyse de double matérialité a bien été réalisée et que l’entreprise dispose de procédures fiables pour collecter ses données ESG. Nous évaluons ce qu’on appelle le risque inhérent : certaines informations, comme les effectifs, sont simples à vérifier, alors que d’autres, comme le bilan carbone, demandent des calculs complexes. Nous examinons également la robustesse des procédures de contrôle interne : bien pensées et exécutées, elles peuvent réduire
fortement le risque d’erreur. Notre approche par les risques consiste à cibler nos contrôles là où la probabilité d’erreur est la plus forte. »
Etape 4 : La revue des données
Des tests ciblés selon le niveau de risque
« C’est la phase où l’on met en œuvre les tests sur les indicateurs. Une fois notre analyse des risques réalisée, nous définissons un plan d’audit pour déterminer sur quelles données aller plus en détail. Plus le risque est élevé, plus les vérifications sont poussées. L’audit de durabilité vise aujourd’hui une assurance dite limitée : nous attestons ne pas avoir relevé d’anomalie significative dans les informations publiées. »
Etape 5 : La revue du rapport
Vérification de la conformité et la sincérité du rapport
« La revue du rapport consiste à s’assurer que le texte final respecte les obligations réglementaires très précises des normes ESRS et reflète la réalité sincère des actions du groupe. Nous vérifions que les informations publiées sont bien présentes, sincères et conformes aux données validées lors des étapes précédentes. C’est aussi un contrôle de cohérence entre la partie financière et la partie durabilité. »
Etape 6 : La finalisation
Emission du rapport de certification
« Cette phase réglementaire comprend la restitution d’une synthèse des travaux devant l’équipe RSE et la présentation des conclusions au comité du conseil d’administration chargé de la durabilité. Ces échanges permettent d’expliquer nos constats et de répondre aux questions avant l’émission du rapport de certification. Celui-ci formalise nos conclusions : il rend compte de la qualité du travail de l’entreprise et de la sincérité des informations publiées. »
Etape 7 : La clôture
Formulation de pistes d'amélioration
« La réunion de clôture avec l’équipe RSE permet d’échanger plus en détail sur les constats de la mission. C’est un moment constructif où l’on peut formuler des pistes d’amélioration, sans aller jusqu’au conseil : nous indiquons les points à renforcer
pour les prochains exercices, sans dire comment faire. »
Etude de cas : Audit CSRD pour Sopra Steria
Acteur majeur de la tech en Europe, Sopra Steria compte près de 50 000 collaborateurs dans près de 30 pays. Groupe de services, conseil et solutions numériques, il est reconnu pour la qualité de son reporting ESG et son engagement ancien en matière de RSE. Ses principaux enjeux concernent la gestion du personnel, l’inclusivité, le bien-être au travail, la diversité, ainsi que la réduction de l’empreinte carbone et la gouvernance du numérique responsable.
3 auditrices, 3 questions
Quel est le niveau de maturité de Sopra Steria en matière de CSRD ?
« Sopra Steria fait partie des entreprises les plus avancées dans la mise en œuvre de la CSRD. Son rapport, particulièrement complet, a même été primé (Grand Prix toutes catégories des Transparency Awards 2025). Le groupe a su collecter et publier un grand volume d’informations, parfois sur des périmètres partiels, tout en restant transparent sur les limites de disponibilité des données. Cette maturité résulte d’un travail engagé depuis plusieurs années sur les enjeux ESG. » Ariane Pecqueur
Comment s’est déroulé l’audit ?
« L’audit de Sopra Steria a représenté un vrai défi : cétait la première année d’application de la CSRD, avec une norme nouvelle, lourde et complexe, et un périmètre international très large. Grâce à la maturité du groupe et à la robustesse de ses processus, nous avons pu avancer au fil de l'eau. Des points réguliers étaient planifiés avec les équipes RSE pou suivre les travaux et lever les difficultés au fur et à mesure. » Lénaïc Baron
Comment faire mieux demain ?
« Après une première année très dense, la deuxième année s’annonce plus simple, pour l’entreprise comme pour les auditeurs. Le contenu est en place, le travail pourra se concentrer sur les évolutions et sur la dimension stratégique des démarches. Le recul acquis nous permettra aussi d’accompagner plus efficacement les futurs entrants dans la CSRD, avec davantage de valeur ajoutée. » Nathalie Gilet